Balade Carpe Diem
de Bacchus

à Rabelais

A propos de chaque désir il faut se poser cette question :
Quel avantage résultera-t-il pour moi si je le satisfais, et qu'arrivera-t-il si je ne le satisfais pas ?
C'est Epicure, philosophe grec (341-270 av. J.-C.), qui le premier posa la question.

Une chose est sûre, si des générations de philosophes se sont arraché les cheveux à tenter de trouver une réponse, aucun Biker ne figure parmi eux.

 

Dans le milieu, on aurait plutôt tendance à couper court !


C’est pourquoi ce dernier dimanche de février - on ne va pas insister sur le fait qu’on était en pleine Sainte Quarantaine (!)- l’Avignon Bridge Chapter a ignoré les prescriptions de jeûne et fait plutôt sienne la pensée épicurienne.

 

Ce n'est pas dans un au-delà, mais sur terre que nous pouvons trouver la vie heureuse.


Ignorant les rites, la bande de païens casqués a ainsi décidé de cueillir le jour présent via une ultime sortie hivernale que l’on aurait pu nommer, Balade Carpe Diem,

 

Bacchus et Rabelais auraient pu jouer les Road Captains, car les étapes choisies en disent plus long que l’itinéraire lui-même.

 
La première était ainsi le Domaine La Croix Chabrières, ancré à 4 km à l’est de Bollène, ici chaque vin a une âme et raconte une histoire.

Le maître des lieux est Patrick Daniel, un vigneron poète qui manie avec autant de talent le pèse-moût que le verbe.

 

En témoignent les 2 appellations détenues, AOC Côtes du Rhône et Coteaux du Tricastin.

 

Et les textes sérigraphiés au dos de certaines cuvées, dont il est l’auteur souvent, sans compter les jeux de mots et citations dont il se délecte au cours de la visite bien rodée.

 

Un vrai bonheur qui ajoute à l’intérêt de la découverte.


Pour taster il suffit de garer les motos sous les platanes centenaires, aux pieds du Château, et de s’inviter dans le sillage du vigneron qui promet d’en finir avec les idées reçues.

Suivent alors la galerie de tableaux transformée en cave, les écuries Napoléon III, l’orangerie, qui dévoilent une partie de secrets de la vinification, de la mise en barriques, du bouchon...


Puis c’est direction les salons pour une initiation à la dégustation, où l’on succombe aux bouteilles colorées parfois, originales toujours, et différentes pour chaque vin.

 

Bien sûr aux nectars tirés des cépages vauclusiens et drômois du domaine, que l’on apprend à faire tourner dans son verre et dans sa bouche, et à rendre au crachoir après en avoir cerné couleurs et parfums, Syrah, Grenache, Cinsault, Merlot en rouge et Roussane, Marsanne et Grenache Blanche en blanc, âgés parfois de plus de 40 ans.

Les motards font preuve là d’une attention et d’un intérêt particuliers pour la cause, certains se découvrant au fil de la dégustation une passion conjuguée pour l’œnologie et la poésie du pressoir.


Cette dernière étant encouragée d’un nectar à l’autre par le vigneron poète, lequel, parce qu’il vénère Bacchus, cite Verlaine:


Heureux qui, profitant des plaisirs de la terre,

Baisant un petit cul, buvant dans un grand verre
Remplit l'un, vide l'autre et passe avec gaieté
Du cul de la bouteille au cul de la beauté.

 

Dans nos sacoches cloutées, offerte par le Chapter, est soigneusement calée une Carpe Diem, un Côtes du Rhône dans une longue et fine bouteille dont la sérigraphie revient à Horace: "Mets à profit l’instant présent".


Message reçu !

Dix minutes de moto plus tard, et toujours à 4 kms de Bollène, ouest cette fois, suit un autre temps fort.

 

Une longue table nous est réservée à la ferme auberge Le Mas de Flore, membre du club des bons vivants.

 

La maison Million est champêtre et les spécialités issues du terroir - volailles, gratins provençaux…

 

Quant à la générosité légendaire des parts, elle est bien digne de Pantagruel.

 

On sacrifie à la bonne franquette, et c'est plaisir que de voir les plats se vider, d'entendre les conversations, les plaisanteries, que tous osons.

Dehors les machines enfin ensoleillées font salon et deviennent le sujet de curiosité de tous les convives des lieux en quête de distraction digestive.


Sur le chemin du retour, éclairée d’un soleil qui ricoche sur nos chromes, notre raison reste ancrée dans la pensée épicurienne, cueille le jour, cueille l'heure.


Et cueille les kilomètres au guidon d’une Harley-Davidson non ?


Sacré Epicure !

article et photos Rodolphe

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