Les chevaliers de l'ordre du le Mans Chapter

partent en croisade

à la queste d'une Tête de Veau

 

le sept mars de l'an de grâce deux mille dix

Malgré un soleil éclatant pointant à l’horizon et un ciel azur augurant d’une journée sans nuage, la bise venue du nord et les morsures de l’aube meurtrissaient les visages.

 

A peine réveillés, les dix sept équipages  se retrouvaient pour s’en aller chercher pitance et découvrir, par les chemins de traverse, les paysages du Maine encore prisonniers de l’hiver.


Après avoir repu nos chevaux de fer d’avoine au relais de messire Leclerc, route de Bonnétable, Monseigneur Bernard et Dame Brigitte prirent la tête du convoi d’acier en direction du nord.

Nous laissions rapidement la cité Plantagenet pour traverser les plaines de Conlie et parcourir les chemins de Champagne sarthoise vers Neuvy puis Bernay.

 

Nous traversâmes les comtés de Saint Denis d’Orques et de Torcé en Charnié.

 

Après avoir parcouru vingt cinq lieues, pénétrés jusqu’au tréfonds de nos corps par la froidure du vent de noroit, Messire Bernard crut bon de trouver refuge en quelque auberge pour réchauffer le corps et l’âme de nos dames frissonnantes.

 

Il aperçut alors sur le haut d’une colline se dresser le château de la baronnie de Sainte Suzanne où il nous mena céans.

Une auberge accueillante dans les ruelles de la cité nous ouvrit ses portes et nous fut toute acquise, en dépit d’un maraud consommant breuvage au comptoir.

 

Une flambée crépitait dans l’âtre auprès duquel les dames s’empressèrent de soulever leurs affublements pour réchaudir leurs petons engourdis.


Des pichets de breuvages brûlants et moult brioches chaudes furent à volonté prodigués par les taverniers à la noble société qui fut ragaillardie par cette copieuse collation.

Avant de remonter en selle, dames et chevaliers se rendirent au castel pour en contempler l’architecture et admirer le paysage du haut de ses remparts avant qu’un tableau du groupe avec ses étendards brandis fut esquissé au pied des murailles par quelque artiste de la troupe.

 

Réchauffé par cette halte bienfaisante, le convoi s’ébranla de nouveau pour reprendre son périple sous les yeux reconnaissants des aubergistes et de quelques manants, ébahis par le hennissement rauque de nos destriers.

 

La froidure revint vite transpercer nos corps emmitouflés par l’assaut conjugué des bourrasques et de la vive allure de nos chevaux d’acier.

La beauté du paysage en ces contrées des barons de Mayenne nous réchauffaient l’esprit et les cœurs.

 

Monts et vallons se succédaient, les rivières gonflées par les pluies et les neiges hivernales, les champs à la terre durcie par le gel et les ramures dénudées des bois s’agitant au souffle tourmenté du vent d’hiver donnaient au paysage une allure inquiétante.


Nous traversâmes Bourg l’Abesse, Saint Jean d’Erve, Chéméré le Roi ou bien encore Vaiges, Meslay du Maine et Entramme sans croiser âme qui vive.

 

Toutes les masures étaient closes par ce temps à ne mestre un coquin dehors.

La route était déserte, nous étions seuls au monde. Nous ne croisâmes que quelques chevaux de trait galopant libres dans les prairies à l’herbe rare, apeurés par l’ampleur de notre équipée courageuse.


A l’heure où le soleil avait dépassé son zénith, oyant les gargouillis des tripailles affamées, il était temps de trouver l’endroit où Messire Bernard et Dame Brigitte avait prévu de faire ripaille.

 

Ils menèrent prestement l’ensemble des équipages vers la Ferme de Clair Bois.

 

L’endroit semblait désert, mais bien qu’entouré de palissades et de courtines, les forcloses étaient ouvertes comme une invitation à entrer.

Au son de nos chevaux hurlants, les Maistre des lieux en affublement de paysans vinrent prestement sur le pas de la porte s’esbaudir de nos superbes montures.


Ils nous accueillirent dans leur antre bien close à l’abri des frimas.

 

Une bonne flambée là aussi crépitait au foyer, si énorme qu’on y put faire cuire un veau tout entier, le feu ardent baignait les lieux dans une ambiance chaleureuse propices aux agapes.


La salle était immense et sans ajoure, sur les murs de pierres les blasons à l’effigie des seigneurs du Maine nous indiquaient la renommée de bonne pitance de ces lieux.

Quelques peaux de bêtes sauvages occis durant quelques parties de chasse ornaient les murs.


Après un breuvage, mélange de vinasse et d’épices, en guise de mise en bouche les terrines accompagnées de pain d’épice furent ripaillées prestement.


Puis le moment tant attendu arriva, en suivance des pâtés, portée sur une planche comme un trophée, les naseaux persillés à souhait, fumante et toute entière appétissante jusqu’à la pointe des oreilles, le regard implorant pitié, la teste de veau vint trôner sur la table des seigneurs.

Mais avant de mangeailler la bête, il fallut l’estriller et la découper pour en déguster le moindre morceau. Rompre l'os et sucer la substantifique moelle.


Après quoi le festin put commencer et chacun s’affaira à remplir sa panse, avec un morceau de langue, une oreille, avec de la cervelle, de la fraise ou un morceau de joue.

 

Les légumes d’antan et la sauce gribiche accompagnèrent subtilement le banquet arrosé comme il se doit de moult pichets de bonne vinasse et de cidre de la ferme.


Les joues bien rougeaudes des convives étaient la preuve de la bonne pitance.

Le festoyment se termina par quelques crêpes de sarrasin au miel arrosées d’un gobelet de gnole de pomme. Pour finir en beauté, messire Bernard ne put s’empêcher d’exercer ses talents de conteur d’histoires que n’aurait pas reniées Monsieur Rabelais.


Nous quittâmes nos hôtes repus en les remerciant chaleureusement pour ce banquet historique.


Le retour se fit au galop en suivant les détours de la Sarthe. La froidure hivernale n’avait toujours pas laissé place à la douceur printanière.

 

L'appétit vient en mangeant, disait Hangest du Mans, la soif s'en va en buvant.

 

Le grand Dieu fit les planètes et nous faisons les plats nets.


François Rabelais

( il pourrait s’inscrire au Chapter !)

Un grand merci à messire Bernard, à Dame Brigitte et à leur géniture en la personne du jeune sire Jean-Bernard, tous trois nous ont offert une journée enchanteresse !

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Article et photos Philippe

 

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