Lubéron,

terre propice à l’amitié

avec le Chapter d'Avignon

Dimanche 16 octobre 2011

Un soir qu’il s’était arrêté au nord de la Durance, le romancier avignonnais Henri Bosco (1888-1976) a vu le soleil se coucher sur le Lubéron.

 

De cette première rencontre avec les lieux, il écrivit dans un article paru en 1936 (Le feu) :

 

« Je te voyais au loin comme une muraille grisâtre et çà et là bleutée.

Parfois, tes masses me paraissaient se modeler sur les formes d'un corps allongé au-delà du fleuve, parfois, tu prenais le poli d'une pensée humaine...

Tu proposais au mouvement de mon esprit des itinéraires moraux apparemment faciles, mais tu offrais aussi, avec une insistance grandissante, l'obsession de l'autre versant et l'attrait des quartiers invisibles ».

C’est sous les casques du Road Captain Michel et de Marie que l’idée a germé.

 

Ils proposent de prendre la roue de leur King destrier, et de partir en Lubéron user les tétines de nos pneumatiques sur d’inconnus asphaltes.

 

La destination de la balade ainsi nimbée de mystère fait évidemment l’unanimité.

 

Il ne peut en être autrement en fait, les bikers du Chapter se disant qu’un tel spectacle, tant de fois frôlé, révélerait sans doute quelques ultimes secrets.

 

En guise de mise en jantes nous prenons la direction de Gordes. La fraîcheur matinale cautionne le dépoussiérage des cuirs d’hiver.

Nous approchons de Murs, très ancienne cité des contreforts du grand Luberon, dont on aperçoit d'abord le château restauré du XVe siècle qui domine le village.


Les 9 motos marquent un stop au lieu-dit Le Colombier mais une ne repart pas. Inhabituel.

 

L’ami Roland se penche sur son moteur.

 

Qui tourne rond.

 

En fait c’est la roue arrière qui ne tourne plus.

 

On se penche sur la question et le bourrin et on comprend : le sélecteur ne sélectionne plus.

 

C’est plutôt dans le vide qu’il a tendance à tourner.

 

Heureusement le groupe compte un mécanicien de premier ordre, Gilbert, plus habitué il est vrai aux hélicos mais qui, en génial Trouvetout, règle le problème avec les maigres moyens du bord.


Le problème réglé nous reprenons notre serpent de bitume jusqu’à Gordes, classé parmi les plus beaux villages de France.

 

Soleil et ciel bleu y maintiennent les touristes en nombre encore, qui oublient un instant les maisons de pierre sèche, enroulées autour du rocher, pour regarder passer les motos.

Michel nous conduit à l’Abbaye de Sénanque lovée au sein d'un serein vallon.

 

Nos bigs twins perturbent un peu la tranquillité des lieux mais on fait amende honorable en nous extasiant sur l'église abbatiale, au style roman très sobre, édifiée en pierre de taille et couverte de lauzes.


Nous repassons par Gordes et si nous tournons le dos au château, à l’église et au théâtre en terrasse c’est seulement pour la photo de groupe à laquelle on colle ainsi un arrière-plan exceptionnel.

 

De patients touristes japonais nous laissent le temps de doubler la prise de vue avant de récupérer leur carte postale.

L’étape prochaine est Lourmarin, village cerné de vignes, oliviers et amandiers, labellisé lui aussi, et dans le cimetière duquel gît justement Henri Bosco.

 

On dit que le château des XVe et XVIe siècles renferme de curieux escaliers et des appartements magnifiquement meublés.

 

On garde ça pour la prochaine fois car il commence à faire faim.

 

Nous déambulons dans les ruelles étroites et sinueuses, séduits par les belles maisons anciennes aux façades restaurées, jusqu’au restaurant et sa cour intérieure écrasée de soleil où nous finirons par implorer l’ombre d’une toile mécanisée.

Après un petit torréfié nous renonçons à l’invitation à la sieste des placettes ombragées et rejoignons les machines aux selles presqu’aussi chaudes qu’en juillet.

 

Il faut dire qu’on a des bornes sur la planche, et plusieurs autres villages, hérissés de château ou monument historique à croiser :

Cucuron et son donjon St Michel, Cabrières puis La Motte d’Aigues, Saint-Martin-de-la-Brasque, le pagnolesque Grambois, Vitrolles en Lubéron, Cereste ses gargouilles et ses rues caladées, Viens sur un piton rocheux, Gignac, Rustrel et son château surmonté d’un campanile, Saint-Saturnin-les-Apt.

 

La pause est prévue à Roussillon, le scintillant, où, dans son recul, l’été aimanté par les ocres flamboyants, fait escale.

Témoins les glaces et pétillances que l’on appelle à nous rafraîchir.

 

Et puisque de rouge il s’agit, celui du couchant s’annonçant, nous quittons à regrets les terroirs de ce Luberon flamboyant, pays de châteaux et de villages haut perchés, riche en couleurs et en lumières, peint d’or et de sang.


De Lourmarin en particulier et du Lubéron en général, Henri Bosco s’y installant disait qu’il s’agissait d’un ‘lieu propice à l'amitié’.

 

Ce ne sont pas les traces et les impressions que les espaces traversés ce jour ont laissé en nous qui vont le contredire.

article et photos Rodolphe

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