laigle ou la cuisse

avec le

Chapter d'Avignon

A y regarder de près, une belle balade moto peut avoir le naturel du jambon idéal : authentique et généreuse.

En écho aux gestes ancestraux des salaisonniers des Monts de Lacaune par exemple, garants d’une qualité incontestée, il convient au Road Captain d’affiner lentement son itinéraire, de raconter fièrement une histoire et un terroir, de se porter à la rencontre de la nature, du temps et des hommes.

 

Des éléments indispensables pour obtenir une virée unique et recherchée pour le plaisir de tous les participants.

 

Fier de son terroir, ce Captain s’engage, unit son savoir-faire aux virtuosités locales, tout en intégrant un certain degré d’aventure.

 

Par contre, le Road Captain n’est pas tenu d’épouser totalement le caractère du même jambon, quand bien même il présenterait la qualité de ceux de Lacaune.

 

Pas tenu donc de sécher au fil des jours, de se colorer, passer du rose au rouge, s’affermir, et surtout il est dispensé d’attraper au fil des mois ce goût de noisette si particulier à la salaison reine d’Oberti.

 

Tout au plus doit-on s’attendre à ce que le Captain soit à la fois aussi ferme et souple dans sa conduite que le jambon à maturité devient fondant en bouche.

A ce petit jeu le duo de Road Captains Roland-Raymonde s’est montré triomphant, revendiquant légitimement un label rouge ou autre médaille d’or dans un concours général.

 

Au point que l’on pourrait attendre le jour de la Saint Antoine, le saint patron des charcutiers, pour les adouber au nom du dynamisme et de la tradition conjugués.


 

Avant d’arriver à Lacaune, ils ont sélectionné les meilleurs morceaux. Ils ont veillé à ce qu’il n’y ait pas d’os et nous ont laissé deviner de paysages en virages les senteurs qui allaient s’inviter au menu : le thym, le laurier, le genièvre, le romarin...

Les meilleurs morceaux ? Facile. La préparation commençait ainsi par Ales, capitale des Cévennes, sur laquelle on ricochait comme un couteau qui tombe sur l’os et repart dans le maigre.

 

Puis suivait Anduze, dont on frôlait les poteries des enfants de Boisset, géant potiers Anduzien, et où l’on devinait les fioles de Cartagène dans les vitrines.


Parenthèse. Justement, la Cartagène... Ah, si on avait eu le temps… Sûr on ne l’aurait pas versée dans le réservoir de notre big twin qui n’aurait su qu’en faire.

 

Mais nous aurions sûrement vérifié que cet assemblage de moût de raisin frais et d'eau-de-vie de vin titrait bien 16° d'alcool au minimum pour éviter la fermentation… Juste histoire de vérifier quoi…

Mais non. On a donc continué via Saint Hippolyte du Fort, que l’on n’imaginait pas peuplé de Cigalois.

 

Thoiras, son château et sa forêt de bambous. Ganges, où se mêlent l'Hérault et du Rieutord, et où malgré nos pétarades nous ne sommes pas fait sonner la cloche.

Puis Navacelles nous a fait son cirque. Naturellement. On a mis le nez au fond du canyon mais pas les motos.

On a voulu conserver à la Vis l’exclusivité de tomber en cascades au cœur de la boucle à fond plat. Ce qui ne nous a pas privés de sortir les laguioles et…(?) le jambon pardi, et de nous remuer la couenne au lieu de mijoter devant le grand amphithéâtre et ses gradins de calcaires.

Repus, nous avons quitté le Causse de Blandas pour rejoindre La Couvertoirade, l’un des plus beaux villages de France, bourg fortifié et ancienne commanderie de l'ordre du Temple.

 

Nos montures calées à l’ombre des fortifications, nous avons voulu savoir si la Salvetat titrait aussi à 16°. Mais les icebergs sur lesquels venaient s’écraser les bulles causaient dans les verres de telles tempêtes que nous avons remis les gaz avant embouteillage.


Direction Olargues, classé aussi parmi les plus beaux villages nationaux. L'orage menaçant nous a privés de gravir les escaliers couverts de la commanderie, mais au moins avons-nous aperçu le Pont Rouge Eiffel, et surtout le Pont du diable en marbre qui conduit au château du XIIe et à sa tour clocher.

La prochaine fois nous arpenterons, promis, les ruelles en pente empierrées de galets du Jaur.


A Fraisse-sur-Agout, nous n’avons fait que passer, le temps de perturber un peu la quiétude des pêcheurs à la ligne.


Puis nous avons entamé la traversée des monts de l'Espinouse, et du col de Fonfroide, où surgit la masse rocheuse du Caroux sur l'est et la gigantesque forêt du Somail sur l'ouest.


Nous nous souviendrons longtemps de l’accueil rencontré à notre arrivée au centre de vacances Azuréva du lac de Laouzas, installé sur les berges d’un superbe lac artificiel.

Charmantes et prévenantes, Suzanne et Mélanie ont démontré qu’elles savaient choyer leurs invités.

 

Impression qui se confirmait lors du repas et du passage obligé au bar après le dessert. C’est d’ailleurs sur le zinc que se tissaient de nouvelles amitiés, notre ami Xavier, par exemple, allongeant la liste des Ginette fans désormais des bikers.

 

De plus les chambres se révélaient très confortables, et la vue depuis celles-ci sur le lac imprenable.


Le lendemain nous scellions notre nouvelle amitié avec des randonneurs arrivés en masse par une photo collégiale, avant de prendre la direction du Lac de la Raviège..

Puis ce fut Lacaune, la capitale de la charcuterie, ponctuée d’une visite chez Oberti, roi de la salaison, qui nous faisait oublier la Pierre Plantée, plus grande statue-menhir d'Europe avec ses 4,50 mètres, et la Fontaine des pisseurs, classée monument historique en 1913.


Suivait la Croix de Mounis, atteinte aux prix de trois kilomètres raides au départ de Plaisance (qui font penser au Ventoux par Bédouin), mais qui offre un magnifique panorama sur le plateau de Fagayrolles et l’agréable forêt de Proudoumat.


Midi sonnait aux portes du Lac du Salagou, et sa terre ocre s’évaporait au passage des motos pour l’heure monochromes.

 

Site hors du commun, le Lac du Salagou est aussi connu pour avoir été appelé le ‘miroir aux cent visages’ par l’écrivain Max Rouquette, que par la Ruffe, son incroyable terre pourpre.


Passé le pique-nique sous d’avares ombrages, nous entamions une course pour rejoindre Saint-Guilhem-Le-Désert avant un orage.

 

Chevauchée gagnée mais, une fois n’est pas coutume, généreusement arrosée par le perdant à l’arrivée.

 

Le déluge nous privait, comme de nombreux touristes, de nous ressourcer dans cette combe cernée d'impressionnantes falaises calcaires.

Ce n’est qu’au moment de quitter, frustrés, le Cirque de l'Infernet pour prendre le chemin du retour, que les nuages s’asséchaient, se riant de nos inutiles tenues de pluie.


Il fallait s’y attendre.

 

Rabelais le premier, qui était évidemment friand de la salaison, n’avait-il pas prévenu :

 

"Le mal temps passe, et retourne le bon, pendant qu'on trinque autour du gras jambon".

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article et photos Rodolphe

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