Les Chapters

ont-ils - encore - une âme ?

Préface:

Catherine Lacou, past secretarty du Chapter d'Orléans et membre toujours très active de l'orchestre des Harley Bidons, nous gratifie de son excellent style journalistique pour évoquer un sujet qui nous est cher, les Chapters sont ils toujours ce qu'ils étaient, ce qu'elle traduit par l'âme des Chapters.

Ce manifeste est écrit avec intelligence et sagacité, il est documenté par le témoignage de hogger de la première heure, tous anciens ou actuels responsables dans des clubs. Lisez ce texte, méditez, c'est de bon sens, écrit avec une sensibilité unique, celle de Catherine.

J-R

 


Le temps des voyages est souvent l’occasion de petites mises au point ou d’arrangements avec soi-même et quoi de mieux que la position passager à moto, pour ces petites introspections ?
Aussi, profitant de cette longue Ascension vers les 12° Breizh Brothers, mes pensées se sont mises à divaguer sur la vie et le sens à lui donner.


Le retour en force cette année de l’arrière garde, des vieux de « veille » - et non de la « vieille » car pour l’heure il n’était plus question d’arthrose ou d’arthrite je vous prie de le croire ! -, la montée donc des anciens convergeant vers Pornichet était impressionnante cette année. Avec le temps chacun avait pris des chemins de traverses, l’eau avait coulé sous les ponts, mais aucun n’avait oublié ce que symbolisaient ces rassemblements. Aucun.


Et sans se concerter vraiment, ils étaient montés !


L’amitié a cela de précieux : elle traverse le temps et les tempêtes, effaçant aussi celles dans un verre d’eau…
A la joie indicible de vous retrouver tous, à l’envie peut-être de vivre plus ardemment après les attentats, une question a pourtant rapidement émergé dans les limbes profondes de mes pensées et s’est imposée, provocante, piquante comme un poil à gratter : les Chapters ont-ils évolué depuis ces 10 dernières années ? A quel prix ont-ils traversé la décennie ? Et l’âme des Chapters qu’est-elle devenue ? Mais qu’est-ce qu’une âme de Chapter en fait ?


Voilà ce qui me trottait dans la tête en retrouvant le frottement rugueux et familier de l’air contre mon visage. Donc, j’ai commencé à y réfléchir, intensément. Cette parenthèse me permettrait ce regard différent. Arrivée à destination six heures plus tard, je me suis dit que ma réflexion seule n’avait aucun intérêt. Histoire d’avoir l’âme en paix, je suis allée aussi recueillir la pensée des « anciens » sur cette question d’âme qui me travaillait tant.

Armée de mon stylo dont l’encre s’était évaporée avec le temps (merci Thierry de m’avoir prêté le tien) et du calepin sur lequel j’avais annoté la recette du foie gras, je suis allée chercher âme qui vive pour développer ma réflexion. A tour de rôle durant ces 4 jours, je suis allée leur poser ma question : qu’est-ce que l’âme d’un Chapter ?


Thierry et Cyrille n’y ont pas coupé. Cyrille m’a répondu très justement (le Juste) !) : « L’âme vient des personnes qui composent un Chapter. La différence des uns et des autres en forme la richesse. C’est l’entente entre passionnés autour d’une marque qui fait que d’un point de départ, d’une passion, on dérive vers la vie de l’un ou de l’autre, ainsi naît l’amitié ».


Thierry a complété par « l’âme est un noyau de personnes qui fédèrent les autres et écrivent l’histoire. L’histoire doit se transmettre, les personnes devraient être capables de traverser les épreuves puis de se retrouver autour de cette passion commune. L’âme est un partage de passions autour de découvertes ».


L’âme existe-t-elle encore selon vous ?


Ils conviennent ensemble que « les mentalités ont changé et de regretter de concert le temps où le Biker bouffait des patates pour se payer sa Harley !! Celui de la rudesse de l’effort pour la fierté de s’offrir la marque, cela donnait du sens ».
Mais, tant mieux si davantage de personnes roulent en Harley, non ?
« Cela avait la valeur de l’exception, de la rareté et du précieux… » Cyrille a la nostalgie de cette époque, qui était l’attrait de la marque, la nostalgie du look rétro.

L’âme tourmentée, j’ai volé le stylo de Thierry et j’ai réfléchi encore…


L’esprit des Breizh a aussi traversé la décennie, ils produisent leur 12° édition des BB grâce à la création de l’association BBHD depuis la 10ème édition, rassemblant les 3 Chapters : Quimper / Nantes / Rennes : afin de préserver le plus possible l’âme des Breizh Brothers. Plus équitablement répartie, l’organisation est alternativement supportée par les 3 Chapters et supervisée par le BBHD pour palier l’usure d’un seul, mutualiser l’expérience et les compétences de chacun. Mariés pour le meilleur et pour le pire, ils peuvent aussi palier l’éventuelle défaillance financière de l’un d’eux. Tout comme ce que venaient d’évoquer mes « vieux » copains, les Breizh fonctionnent beaucoup grâce à - et en raison de - leur fraternité. Tout un équilibre à trouver, une âme chevillée au corps en quelque sorte…


Pour étayer une nouvelle théorie, je me suis installée en retrait, à la table apéritive de Papy Jack et de Laurent B., afin de leur poser les mêmes questions.
Papy m’a confié que pour lui, l’âme d’un Chapter « est avant tout, le plaisir (il a bien insisté sur cette notion qu’il pourrait résumer à ce simple mot si je ne lui en avais demandé qu’un). Le plaisir de rouler et de se rencontrer. Ne jamais perdre de vue ce plaisir-là, s’il ne convient plus, il faut partir ».
« Oui les choses ont changé, le réseau s’est développé, la nature des Chapters a changé ; les motos, les gammes changent la clientèle et les relations. Il y avait peu de Harley avant, il fallait aimer la mécanique et aimer mettre les mains dans le cambouis. Les gammes se sont modernisées, ont fait place à l’électronique, les révisions et l’entretien sont légions et par voie de conséquence, le Biker a changé. Laurent renchérit : « on a perdu l’exceptionnel et la simplicité des bécanes, le look sauvage, rétro ou marginal, Harley s’est démocratisé, la marque touche maintenant une clientèle plus large, elle attire également plus de femmes. Les programmes des rassemblements proposés requièrent davantage de confort. Au fil des années, la toile de tente et les dortoirs partagés ont cédé la place au confort, à la chambre single, à la restauration soignée ».
Comme j’appuie sur la qualité des Breizh depuis 12 ans, Papy remercie très simplement « ces compliments lui donnent la force année après année de continuer et de faire mieux pour le plaisir de tous ». Bonne âme que cette âme-là.

Au dîner, j’ai poursuivi mes questions avec mon vieil ami (non par l’âge, mais par la durée de la relation), Jacques F. Même concordance chez lui pour qui « Harley transcende les classes sociales par des rencontres que l’on n’aurait jamais faites si cette passion commune ne nous avait pas rassemblés. Elle provoque des ouvertures et dégage de l’émotion. Dans tous les milieux il y a des gens biens et les autres…, mais au fil du temps, une chaleur se dégage qui créé un point d’appui pour changer le regard vers l’autre. Alors, oui les plaisirs sont différents et ont évolué avec le temps, mais ils sont plus riches de cette différence. Il y a une fibre à retrouver les anciens Bikers avec qui j’ai commencé à mes débuts, on n’oublie jamais ses premières amours, ceux qui ont ouvert la voie, ceux du temps où l’on était comme un buvard avide de tout connaître, ceux qui nous ont mis le pied à l’étrier».


J’ai aussi happé Thierry B. Past Director, qui passait par là, comme une âme en peine à la recherche d’une assiette à remplir. «L’aventure humaine a réellement pris corps pour moi en 2008. C’était le 1er HEAT et les ficelles de management HD où l’on était lucide sur les méthodes, mais consentants pour le plaisir, car en retour on reçoit du bonheur. C’est un fameux vecteur de rencontres entre passionnés. Sans renier le reste, l’esprit de Nantes est fait de connivences particulièrement fortes et de qualités très humaines, cela traverse le temps ».


L’âme serait-elle là ?


Beaucoup plus jeune, Raph débute en 2010 avec ses StormRiders dont certains de ses membres ne roulent pas tous en Harley.
Et alors ?
Son regard est intéressant en ce sens que sa fidélité à des rassemblements HD est perçue comme une évidence, une âme sœur en quelque sorte. Son groupe compte 14 membres. « Nous ne sommes pas une association ». Raph a impulsé le groupe qui n’est pas rattaché au HOG. Ses membres viennent d’Alsace, de Belfort, de Paris Bastille, du Rhône et quelques amis Belges. « Le trait de ralliement est la fraternité. Il n’y a pas de cotisation à proprement parler. Un don à faire pour des dépenses concertées. Pour moi l’âme est la fraternité. La charte, le nom des StormRiders, les couleurs, tout est décidé ensemble. Il n’y a pas de période probatoire, mais un parrainage de chaque nouveau membre afin de guider ses pas. Trois ou quatre grosses sorties par an, une fois par mois une réunion chez l’un ou l’autre et comme les points de chutes sont distants cela permet aussi de rouler, nous réunir et décider des projets à venir. Certains ont traversé des épreuves, nous tâchons d’être forts dans l’adversité. Les Stormriders portent d’ailleurs bien leur nom, nous avons aussi traversé beaucoup d’intempéries, la route n’a pas toujours été bonne… au sens propre comme au figuré… ».

James, quant à lui, entré dans l’histoire de son Chapter Belge en 2007, pense « que l’âme se perd. Après plusieurs éclatements de Chapters, différents Directors, la saveur se perd ». Alors il voyage aussi pour retrouver l’âme du début de ses rassemblements hors de ses frontières. « Avant, tout était question d’amitié, maintenant il y a trop de recherches de reconnaissance, ce n’est pas bon. Mais cette année, je viens et j’ai l’immense joie de vous retrouver et là, mon âme est comblée » me dit-il avec la malice qui lui va si bien. Ah ! Ce James, quel tombeur !! 

François est aussi un vieux motard: « Nous les anciens, nous pouvons avoir la nostalgie du passé et des rassemblements d’antan, j’ai justement abordé le sujet avec Yoh en nous remémorant le BB2 à Brasparts dans la ferme du Youdig où nous couchions dans des dortoirs pas toujours chauffés, où les apéros étaient pris dans l’étable à côté des vaches avec les bouteilles dans les sacoches, où le vin était servi dans des pots de Roundup (neuf) etc…. on ne pourrait plus faire cela maintenant  … Il a raison ! Le monde évolue et nous devons nous adapter. Alors pour garder l’AME de notre passion, l’amitié, la tolérance, la simplicité, l’humour et la passion doivent perdurer ».


Oui, mais voilà, … chacun a aussi ses bleus à l’âme... Et d’une simple question de départ, beaucoup ont évoqué des points plus épineux.


Je vais tâcher de les aborder- non par polémique, mais bien parce qu’ils ont été évoqués. Aucune des personnes interrogées n’a abordé ces points avec véhémence, mais plutôt avec des regrets. Même s’ils piquent, ils sont le reflet d’un regard posé sur des tourments dont il faut sans doute tenir compte pour comprendre l’âme des Chapters.


Chacun à sa façon a traduit la relation et la nécessité de celle-ci au sein des Chapters. Mais à elle seule la qualité de cette relation ne suffit pas. Un Chapter est accompagné dans sa démarche par le HOG dont les règles obéissent à une organisation Américaine conçue par Harley-Davidson Motor Company. Chaque Chapter doit être parrainé par un concessionnaire officiel Harley-Davidson et dans chaque bureau de Chapter, différents postes obéissent à des fonctions. Toute une hiérarchie règlementée, répondant à des statuts et un cadre bien précis.


Par la préservation de ces relations multiples, certains Chapters résistent, d’autres se délitent sous la pression…


Et là, de notre relation du départ qui évoquait la notion idyllique de plaisir, de rencontres, de partages, nous franchissons un cran.
Mais bien plus proche que les stratégies du HOG il y a au premier rang de la relation privilégiée, celle entretenue entre un Chapter et son concessionnaire. la qualité de cette relation se doit d’être choyée.


Les 2 derniers points abordés sont soumis à votre sagacité. Volontairement, je ne les développerai pas. Cependant, là semble être le point d’orgue de tensions palpables au sein d’un nombre croissant de Chapters.


Colère et intolérance sont les ennemis d’une bonne compréhension. (Gandhi).

Yoh : je ne t’ai pas évoqué encore, … j’ai gardé le meilleur pour la fin…
« L’âme du Chapter, c’est ce petit quelque chose que l’on ne sait pas expliquer et que l’on ne saura jamais expliquer. Ce quelque chose qui fait que nous prenions sans même réfléchir la moto pour rejoindre nos amis, pour un Interchapter, pour une soirée, un évènement HD. Quel que soit l’endroit, quel que soit le temps, quel que soit le coût, c’était naturel d’y aller, la question ne se posait même pas. Cette chose qui faisait que l’on se disait le vendredi soir : « Tu fais quoi demain, on n’irait pas jusqu’à Amsterdam ? » « Ah ouais pourquoi pas !». Et le samedi soir on se retrouvait finalement dans un camping à Sarlat, non pas parce que nous nous étions trompés de direction mais parce que la route se faisait au feeling. Que l’on soit ouvrier, directeur, médecin, c’était la passion HD qui nous faisait nous retrouver, c’est la simplicité qui a fait que nous nous sommes plus quittés. Le développement de la marque a ouvert un marché plus « élitiste » qui fait plus la part à une surenchère qu’au fondement même de cette passion. Sûrement les années passant, font que c’est plus difficile pour nous, mais cette ouverture a en quelque sorte dénaturée l’âme.

 

Je suis le seul à avoir fait les 12 Breizh Brothers. (ca me rajeunit pas ça non plus !!) Au départ, l’idée était juste de faire un petit week-end histoire de se retrouver. Salle de sport, bungalows en camping, toiles de tentes, des routes peu carrossées, dortoirs, concerts dans un étable avec ses occupantes. Puis au fil des années, le « standing » a augmenté, Maintenant je ne pense pas que nous pourrions  revenir au camping et même l’idée de partager sa chambre devient difficile pour certains. Mais cet esprit fraternel des BB perdure dans les retrouvailles et dans les soirées. Tant que cela sera le cas, je continuerais. Je suis même confiant car je retrouve encore un peu cette âme originelle chez certains p’tits nouveaux des BB. C’est plus diffus mais c’est encore un peu là, chez les BB. Ne changeons rien ! La vie est trop belle lorsque nous nous retrouvons ! ».


Yoh, tu nous as enlevé notre photographe Véro pour convoler en justes noces. Nous y étions aussi… Unis et parents comblés et il me semble que la relève grandit vite à travers votre histoire qu’ils ont la chance de voir s’écrire sous leurs yeux. Gwendal, Elouan, vos parents sont formidables, regardez-les vous montrer le chemin ! Cette famille représente à elle seule l’âme de cette belle histoire des HOT et des Breizh, d’un temps béni où nous étions « trumelés » : Quimper Cornouaille / Lille et Orléans.


Vous formez un fameux trio, un fameux 3 mats (hissez-haut !) : Raymond, Papy, Laurent !


Chapeau bas à l’organisation de ce BB12, et des mercis pour Yoh, Laurent et Jean-René, Patrice ensuite, puis Papy Jack, Raymond, Alex et Luc, Yvon, Philippe, Marie Pierre, Tonio + tous les renforts du Chapter de Nantes.


Merci, vous avez été l’âme profonde et Bretonnante durant tout ce week-end.

De ma question du début, à présent, je sais.


Je sais que l’âme est un savant mélange de relations, de partages, d’affinités, d’efforts, de sacrifices, de respects, d’humilité (surtout),… souvent tués par des combats d’égos stériles – hélas.


L’amitié n’a qu’une seule direction : celle du cœur !

Cath, l’âme de la passagère.
PS : vous m’avez manqué. Cruellement manqué !

Je remercie bien sincèrement toutes les personnes qui se sont prêtées au jeu et que j’ai soumises à la question sans les torturer toutefois. J’ai tâché de reporter fidèlement les propos qui m’ont été confiés.

Je ne sais toujours pas pourquoi j’ai écrit cet article, simplement que je devais le faire…
« Dans votre vie, tout ce que vous ferez sera insignifiant, mais il est important que vous le fassiez quand même ».


Et ne perdons jamais ceci du regard : « Ride Safe and Ride Fun ».


Début des épopées Harley pour les uns et les autres :
- Cyrille : 2001
- Thierry : à l’ouverture de la Concession HD : 1997
- Past Director Papy Jack : 2005
- Laurent B : 2005
- Raph : 2010
- Past Director Thierry B (début 2004 fin 2010)
- Jack F : 2006
- James : 2007
- JP et moi : 2005
- François : 2003
- Yoh : 2003
 

article de Catherine Lacou Orléans

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